Voyages

jeudi 10 avril 2008 - Conclusion du voyage en Inde et au Népal

Plus de six mois après mon départ pour Mumbaï, qu'ai-je gagné si ce n'est des souvenirs plein la tête te le sac, et une méchante bactérie? Qu'ai-je perdu à part une écharpe? C'est l'heure du bilan.

J'ai fait des rencontres, visité toutes sortes de lieux, traversé des paysages magnifiques, parcouru des centaines de kilomètres.

Ce qui m'interpelle aujourd'hui c'est la puissance de la liberté acquise en me déplaçant parmi une masse de visages inconnus, dans des lieux inconnus. J'ai rompu le lien qui m'attachait avec un moi identitaire profond qui se cachait dans chaque objet possédé, chaque lieu fréquenté pour laisser apparaître un soi libre et flottant dans le vent de mon esprit. Pendant ce voyage je n'étais plus Vincent, j'étais un être simple et libre ouvert au monde et à ce qu'il a à offrir, récepteur de toutes les émotions, de toute les perceptions auxquelles on est généralement fermé dans le quotidien de nos vies formatées. J'étais un voyageur à la découverte des autres et à la recherche de moi-même. Un voyageur n'est-il pas simplement un homme en quête d'une identité nouvelle et vraie, pure? Un philosophe de la route? C'est bien au contact de l'inconnu que l'on apprend à se connaître. On ne peut pas dire "je suis" quand on est enfermé dans une société fabriquée de manière à penser pour nous. Dans la société occidentale capitaliste d'aujourd'hui l'homme n'est qu'un rouage remplaçable de quelque chose de plus grand qui l'a dépassé. Et c'est au contact d'une autre civilisation (et pas seulement d'une autre culture) qu'il peut trouver la liberté de plonger dans ce qui fait de lui autre chose qu'un simple nom, une nationalité, un rôle: un être vivant complet qui a sa place dans la Nature, place depuis longtemps perdu pour beaucoup d'entre nous et remplacé par un siège beaucoup moins confortable dans la Société moderne. Au milieu de cette civilisation il n'a d'autre obligation que de la respecter. Il est allégé de tout un tas de poids qui l'écrasent dans sa vie quotidienne. Le voyage permet à l'homme de se nettoyer, de se purifier. Il en sort plus fort, en paix, plus à même de communier avec l'univers.

Cette liberté est spatiale (on va où on veut) mais aussi temporelle. On vit avec le soleil et les éléments, on dort quand on a sommeille, on mange quand on a faim (et quand on peut). La relation au temps n'est plus dans l'urgence, dans la verticalité du moment, mais plutôt dans cette possibilité de l'étirer, de le laisser se coucher, filer. Ainsi on sent sa présence, on ne tente plus de le posséder, mais on le laisse nous pénétrer pour vivre avec le temps et non pas contre.   

Cette liberté m'a permis de rencontrer l'Autre, pas celui qui habite en face de chez vous et que vous croisez au supermarché, non, celui dont vous ne pouvez même pas soupçonnez l'existence. Alors que je ne me souviens même pas des gens croisées dans le métro cet après-midi, j'ai en mémoire tant de visages indiens, népalais ou autre que je pourrais remplir un énorme annuaire de photographies. J'ai pu aller à la rencontre de ceux que quelques documentaires de cinquante-deux minutes nous permettent à peine d'imaginer, toujours dans un formatage bien défini avec ses règles et ses clichés. Hormis quelques exceptions, bien évidemment, mais le documentariste ne fait-il pas qu'apprivoiser un lieu ou une personne pour le montrer tel qu'il nous soit possible d'en créer une représentation à partir de ce qu'on possède déjà? Les films et les récits nous offrent du rêve, un voyage nous donnent une réalité. 

Le lien vertical perdu, celui qui me liait à la société et à "quelque chose de plus grand" a été remplacé par plusieurs liens horizontaux qui relient tous les êtres entre eux. En voyageant je sais que je fais parti d'un Tout puissant, l'humanité. Pas la peine de chercher à trouver un dieu invisible et impuissant ou la clef d'un univers lointain tant qu'on n'a pas eu la chance de chercher sa place dans l'humanité et sur la Terre. Tant qu'on n'a pas eu la chance de comprendre la simplicité d'une vérité trop souvent compromise par des mensonges complexes visant à nous dire exactement quelle est cette place.

Aujourd'hui j'ai été rattrapé par mon ancienne vie: le boulot, les films, les pâtes, l'ordinateur. Le train-train quotidien quoi. J'ai en partie perdu la liberté du voyageur que je ne suis plus. Je suis nostalgique, mais pas triste. Car le voyage doit toujours se finir et laisser le retour arriver. C'est pendant le retour que s'installent les changements gagnés pendant le voyage. Errer ne servirait à rien d'autre qu'à se vider. C'est la perspective du retour qui permet au voyageur d'absorber pleinement la vie à travers ce qu'il côtoie pendant quelques semaines ou mois. Et puis sans retour pas de nouveau départ. 

J'aurais sûrement bien d'autres bêtises à dire sur le voyage, mais il est presque cinq heures du matin et je suis fatigué. Mon prochain voyage? Peut-être l'Europe du Nord-Est, la Russie, l'Iran, les Etats-Unis, le Cambodge, la Thaïlande. Je ne sais pas. Et je m'en fous.

Vincent G.

  

 

 

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samedi 1 novembre 2008 - Commentaire sans titre

Publié par Anonymous
bravo; il n'y a rien d'autres à ajouter !
caro
http://lefil.over-blog.org
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Qui suis-je ?

Un voyage en 2007 de 10 semaines sur les routes de l'Inde et du Népal: du Rajasthan aux plages de Goa, des Annapurnas aux rives du Gange en passant par les temples hindous et les monastères bouddhistes, mais aussi à la rencontre des exilés tibétains, en authentique(?) héritier des "Clochards célestes" de Kerouac. Un voyage en Allemagne, Lettonie et en Russie en 2008.
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