Voyages

mercredi 7 novembre 2007 - Trek J12: Ghasa (2010m)-Tatopani (1200m) 3h30mn

   Aujourd'hui j'ai marché parmi les esclaves et suis tombé dans l'eau.

   Petit-déjeuner pas terrible, je commande un pancake aux pommes et mange un pancake sans pommes. Décidement Ghasa ne me laissera pas un bon souvenir. J'en pars à 7h15, après avoir mis deux pansements à mes petits orteils droits qui n'ont plus de peau depuis Muktinath, deux paires de chaussettes et les chaussures de trek par-dessus le tout. Mais j'ai vite très mal. Le chemin est correct au début, ça descend, beaucoup de pierres. Je croise sur mon chemin de nombreux ânes esclaves, portant des charges énormes, marchant sur les cailloux, le sentier n'étant pas vraiment adapté à leurs sabots. Ils montent et descendent, se croisent, les pauvres, et reçoivent des coups de fouet et des pierres grosses comme un poing dans le flanc. La plupart du temps les esclavagistes leur lancent les pierres pour le plaisir ou pour passer le temps car les ânes suivent et marchent au train, s'arrêtent peu. Ils poussent des cris étranges (les bergers pas les ânes), ne parlent pas. Ils me paraissent beaucoup plus bestiaux que les ânes. Je vois un animal tombé vers l'avant à dix centimètres du ravin. C'est horrible.

   Les troupeaux d'ânes, des dizaines, me ralentissent beaucoup. Je marche par moment parmi eux, coincé entre deux ânes esclaves, j'ai l'impression de faire parti du troupeau. Je marche sans m'arrêter, je n'ai presque plus d'eau, mes pieds sont douloureux. Chaque fois que mon pied droit tape malencontreusement dans une pierre j'étouffe un cri et frappe violemment le sol avec mon bâton. Dans un village je glisse dans un escalier de dalles en pierres mouillé et me réceptionne sur les fesses. Je n'ai heureusement pas mal très longtemps.

   A moins d'une heure de Tatopani (j'ai l'impression d'avoir marché toute une journée), j'arrive à un petit cours d'eau en contrebas qu'il faut traverser. Des hommes font des travaux, explosent des pierres. Le pont n'est pas utilisable, il me faut descendre et remonter. Je suis deux écolières. Je les perds et ne sais plus où marcher parmi les rochers. J'entends des "hello!",lève la tête et vois les ouvriers me montrer le chemin. J'avance comme ça sur quelques mètres et arrive au passage du cours d'eau, un petit torrent venant de la montagne. Je dois passer sur les rochers, j'ai fait ça des dizaines de fois, mais là, je suis fatigué, j'en ai marre de marcher et ai du mal à réfléchir. Tout ça pour dire que je mets le pied droit sur un gros rocher tout lisse et mouillé, glisse et ne pouvant me rattraper à quoique ce soit atterris le cul  et les jambes dans l'eau. Le courant est fort, je tente de me relever mais tombe une seconde fois. Mes jambes et mon côté gauche sont sous l'eau. Heureusement l'appareil photo est resté au sec. Ouf! Je me releve pour de bon cette fois, traverse le cours d'eau en faisant attention où je mets les pieds, sans me soucier du regard des autres, et peste arrivé sur la terre ferme.  

   Je marche encore un moment, sèche au soleil, même s'il y en a peu, toujours ces maudits nuages bouchant la vue sur les montagnes. Je ne supporte plus ni les ânes ni les pierres. J'arrive à Tatopani peu avant midi, à peu près en même temps que Maise, Gert, Corni et les deux israéliens. Tatopani est connu pour ses sources d'eau chaude et beaucoup de touristes font des petits treks jusque-là. Et la nourriture est censée être la meilleure du trek. J'ai rapidement confirmation. En passant devant le Dhaulagiri Lodge j'entends "Vincent! My friend!". Julian est là, se reposant avant d'attaquer son second trek, l'Annapurna Base Camp. Il a deux jours d'avance sur moi mais a été malade à Thorung Phedi et a pris un jour pour profiter de Tatopani. On mange ensemble, je goûte les enchiladas, les meilleurs que Julian ait mangé hors Mexique et USA. C'est en effet délicieux, et cher. Par contre pour la deuxième fois je tente un milk-shake et pour la deuxième fois j'ai du lait froid sans glace. Julian me raconte avoir rencontrer un anglais ultra-rapide. C'est simple, il a commencé à monter le col avec lui (il a fait Thorong Phedi-Thorung La en 2 heures et en une fois) mais le type était hors de sa vue au bout de vingt minutes. Fou.

   Je vais ensuite aux fameuses sources chaudes. On ne se baigne pas directement dans un bassin naturel mais dans une piscine en pierre où l'eau arrive par des tuyaux depuis le haut de la montagne. C'est payant, 25 roupies. L'eau est vraiment brûlante, au moins cinquante degrés, les blessurse aux orteils sont brûlées en deux secondes et je dois rester le pied droit (et bientôt le gauche à cause d'une ampoule) hors de l'eau. Rien que quelques gouttes d'eau chaude sur les orteils me font un mal de chien et me brûlent. Je reste quand même dans l'eau pendant deux heures.

   Je remonte pour mettre des pansements sur mes orteils, Julian hallucine en les voyant, puis je pars faire un tour dans la rue principale. D'ici je n'ai pas de vue, juste un grand mur vert plein d'arbres et une rivière en contrebas. Le temps est toujours aussi mauvais, aucun intérêt de monter jusqu'à Poon Hill pour redescendre le lendemain. Et puis grimper deux kilomètres plus haut en sept-huit heures, mes pieds sont contre. Je choisis pour le lendemain l'option facile, que la plupart des trekkers prennent: marche jusqu'à Beni et bus. En fait je choisis même l'option très facile, marche jusqu'à Tiplyang, jeep jusqu'à Beni et bus.

   J'écris un moment, bois un thé, mange une part de crumble aux pommes. Très bon mais pas autant que celui de ma soeur. La température baisse. J'enfile un sweat et lis, toujours le même livre. Je passe une excellente soirée, à dîner en compagnie de Julian, Daniel, israélien, Dana, allemande, Christopher, danois, et un couple d'écossais. Je mange un bon dal bhat, on parle toute la soirée, du Népal, du trek, de nos pays respectifs, de nos précédents voyages, de livres. Le manager nous rejoint. C'est fou le nombre de choses qu'il a appris sur le monde grâce aux touristes. Il parle très bien anglais.

   Ce soir-là je me couche très tard, 21h30, et dors excellemment bien! 

 


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

mardi 6 novembre 2007 - Trek J11: Marpha (2670m)-Ghasa (2010m) 6h30mn

Une journée de merde, malgré un bon petit-déjeuner: jus de pommes, pancake aux pommes, thé. Je pars vers 7h30 et mes pieds me font mal avant la sortie du village. Je souffre en silence et avance. De vieux randonneurs me doublent mais j'en ai vraiment rien à foutre. Le temps est pourri, pas de soleil, de gros nuages bouchent le paysage. Dans la matinée je rencontre un sympathique sadhu indien très souriant qui fait le pèlerinage de Muktinath. Il marche depuis trois mois et commence son voyage de retour vers Rishikesh, près des sources du Gange. Tout ça à pied et sans argent. On parle, il me demande de quoi l'aider, argent ou nourriture, et je lui donne un paquet de fruits secs avant de le laisser.

Arrivant dans le premier village de la journée, souffrant vraiment trop, j'enlève mes chaussures pour mettre les sandales. Deux israéliens chevelus du bus me rattrapent et veulent me donner du bandage, mais les plaies sont trop récentes et je préfère les laisser à l'air. Ca va mieux par la suite. Je rattrape Maise, Corni et Gert un peu plus loin. Le chemin du jour, bien évidemment, est tout pourri et pas adapté aux sandales. Rochers et boue tout le trajet. Dalles branlantes dans les villages. Je dois constamment faire attention où je mets les pieds. Une nouvelle petite ampoule au petit orteil droit me gâche définitivement la journée, le temps ne s'arrange pas.

J'arrive à Ghasa à 14h, le village n'est pas très intéréssant etje galère à trouver une ghesthouse. On me dit même dans l'une d'elles que c'est complet. Il y a dans les trente chambres, je n'y crois pas du tout. Les gens ne sourient pas, l'ambiance est morne. Je finis par trouver une chambre minable dans une guesthouse dont le jardin est rempli de tentes installées par des campeurs francais. La porte en bois de ma chambre (plutôt une sorte de box) ferme mal, la douche est froide. Bref. Je m'occupe de mes pieds, lis et fais une sieste jusqu'à 18h. Je descends dîner un peu avant 20h, seul à une table, un dal bhat et un thé, comme d'hab' et monte me coucher, comme d'hab', laissant le groupe de campeurs discuter et s'amuser.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

lundi 5 novembre 2007 - Trek J10: Kagbeni (2800m)-Marpha (2670m) 3h30mn

Je me lève tranquillement vers 7h20, prépare mes affaires, prends un petit-déjeuner, thé et pain local ressemblant à un muffin, et laisse mon sac pour aller explorer le village médieval coincé au creux des montagnes entre deux vallées. Je vois des enfants jouer, des vieilles ne rien faire, deux vaches entrer dans leur maison en poussant la porte (je crois un instant que l'une d'elles va sortir un trousseau de clefs), un restaurant appeler "Yak Donald" dont le sigle est un grand M jaune pour Mustang. J'arrive au bout du Mustang autorisé par le permis de l'ACAP. Il y a un panneau "stop" avec quelques explications devant un poste de police. Au loin, quelques villages, le désert, un petit cours d'eau. Les montagnes. Je rentre à la lodge, récupère mon sac. On me remplit gratuitement la gourde d'eau bouillie et je pars.

Il est 9h30, je suis quasiment seul et longe un cours d'eau aux multiples branches dans une large vallée, dont on ne voit pas le bout. Mes pieds me font mal, trois ampoules et deux tendons douloureux, mais je ne marche pas trop vite, savourant la quiétude du paysage magique dont je suis le centre. Au bout d'un moment j'aperçois Jomsom, plus grande ville des Annapurnas munie d'un aérodrôme et très touristique puisque c'est ici que commence ou finit le trek de Jomsom, partie ouest du tour des Annapurnas. Je téléphone à ma mère, passe au checkpoint et poursuis mon chemin. Il y a trop de motos et de jeeps ici. Ca me fait bizarre après des jours passés à ne voir que des hommes et des ânes.

A la sortie de Jomsom, les arbres sont de retour, et le vent qui ne m'a pas vraiment gêné jusque là devient vraiment violent. Je lutte, puisqu'il vient de face, soulevant les poussières. Je me protège de mon écharpe, couvrant ma bouche et mon nez, de mes lunettes de soleil. J'avance ainsi tête baissée, longeant les pommiers, les pommes étant la spécialité de Marpha, petit village à l'abri du vent où j'arrive. Je vais directement à la guesthouse "Chez Nisa", juste pour le nom. Après le train-train quotidien je pars à la rencontre de ce sympathique village de pierres blanches plein de librairies et de magasins de souvenirs tibétains. Le système d'égout y est visible et se trouve sous des dalles dans la rue. J'assiste dans un monastere bouddhique en haut d'un escalier (découvrant au passage une jolie vue sur le village) à une longue cérémonie publique. Les onze moines, allant de huit à quatre vingt ans, chantent des textes sacrés et jouent une musique cacophonique en alternant. Ils ne se soucient pas de la dizaine de touristes assis tout autour. C'est intéressant de pouvoir tous les observer, un par un. Un des enfants remplit les tasses de thé d'un truc en poudre, du riz soufflé je crois. Ils font une pause et je sors en laissant vingt roupies. Je rentre, lis, écris, grelottant. La gentille gérante m'apporte une grosse couverture comme je les aime et je descends dîner. Je suis seul dans la guesthouse ce soir-là, la gérante m'invite à manger au chaud dans la cuisine. Elle est en train de cuisiner, je peut la voir me préparer mes veg chowmeins et des patates frites. Une dame, voisine ou parente,entre et parle. Elle se plaint apparemment d'un de ses pieds. J'assiste à une vraie scène de la vraie vie népalaise, deux femmes discutant simplement des problèmes de la vie ordinaire; je suis momentanément invisible pour elles et j'apprécie. J'observe le feu chauffant directement les poêles, note comment la cuisine est aménagée, les meubles, tout ça. La nourriture est excellente, le thé bien chaud. J'échange quelques mots avec la gérante qui allume la télé pour suivre son feuilleton. Elle me prépare ensuite une tartelette aux pommes délicieuse et chaude, pliée en deux, en forme de chaussons aux pommes. Après ce chaleureux dîner je monte écrire un peu et m'endors rapidement.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

dimanche 4 novembre 2007 - Trek J9 deuxieme partie: Thorung La (5416m)-Kagbeni (2800m) 8h00mn dont 2h00mn a Muktinath

Je commence par redescendre de manière assez marrante. Une tranchée raide descend dans la neige, je déteste ça.  Quelques népalais descendent sur les fesses, dans la poudreuse immaculée et aussitôt je décide de les imiter. Je prends de l'élan et saute dans la neige, descends une trentaine de mètres super rapidement, freinant à l'arrivée avec mon bâton. Deux trois personnes rient.

Ensuite, descente sportive vers Charabu. Moins de neige, juste un désert rouge rempli de petits buissons, de pierres, de sable. Je suis entouré de grandes montagnes couleur ocre ou rouge. Ce n'est pas Mars mais le Mustang, la partie basse autorisée. Le Upper Mustang, vieux royaume "interdit", nécessite sept cent dollars pour être visiter pendant dix jours.

Un peu avant Charabu je croise mes trois anciens compagnons et m'assieds derrière eux pour boire et manger. On ne se parle même pas, seul Maise se retourne et me lance un sourire amical. Je dis à Corni que je lui rendrai ses dix roupies à Charabu et pars. Je marche vite malgré mon ventre qui me tourmente. Je m'arrête dans la première tea house de Charabu et demande les toilettes. "Open toilets" derrière la maison, j'y cours et me soulage d'une monumentale diarrhée jaunâtre. Ce n'est que le début.

Je bois un thé, Maise and co arrivent et font de même. Je rends ses sous à Corni et les laissent là. J'atteins Muktinath à 11h30, trop tôt pour s'arrêter là. J'y mange des spaghettis aux légumes, un thé. La vieille serveuse/cuisiniere ne sait apparemment pas lire car je dois lui dire ce que je prends et les prix, et écrire la commande, faire le total. Je passe au police checkpoint ou je suis à nouveau pris d'une horrible envie d'aller aux toilettes. Je demande les toilettes au policier et y cours littéralement.

Avant de continuer ma route, malade, je vois rapidement un gompa, juste de l'extérieur. Je quitte Muktinath à 13h30. Une demi-heure plus tard, à Jharkot, magnifique petit village au milieu de ruines, je dépose dans un petit champ un gros
*#?, après avoir vérifié être seul dans le coin. Je me sauve, entendant les voix d'une petite fille et d'une femme. Je continue ma route, presque seul, un petit groupe marchant un peu plus loin derrière moi.

Je suis seul sur Mars, marchant sur une vraie route, large et plate. Je croise d'ailleurs une jeep sur laquelle trône une bande de trekkers tous fous sûrement fatigués de marcher, premier véhicule vu depuis Besisahar. Le soleil se cache derrière les montagnes et je cours après lui, fuyant le froid des ombres géantes. Je le rattrape peu après, pris d'une nouvelle envie, me retenant. Mais je suis vite battu et avant de descendre vers Kagbeni, le long de la route droite et désertique, je me soulage vite, guettant au loin le petit groupe qui me suit. Je descends vers Kagbeni faible, fatigué. Mes pieds me font souffrir. J'ai un peu de mal à trouver le chemin du village pourtant visible, dernière limite avant le Upper Mustang. J'entre dans la première lodge trouvée et prends une chambre.

Je prends une longue douche chaude, première depuis Manang, m'occupe de mes pieds meurtris par trop de marche, et surtout trop de descente, et lave du linge. Le soir est des plus froids, je mange léger. A ma table un couple de français parle avec un vieux bouddhiste allemand barbu, au visage sage et beau, le regard bleu intense de celui qui a vécu et qui maintenant est en paix. Il parle lentement, posément. Je vais ensuite me coucher, la jeune fille de la lodge me donne deux grosses couvertures. Je repasse aux toilettes, m'enfouis sous les couvertures, retourne aux toilettes et enfin peuy dormir.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

dimanche 4 novembre 2007 - Trek J9 premiere partie: Thorung La High Camp (4800m)-Thorung La (5416m) 2h00mn

Le réveil sonne à 4h30, je me sens mal et pas de bonne humeur. On prend un petit-déjeuner rapide avant de commencer l'ascension dans le noir. Je sors ma torche et me retrouve lâcher malgré ma demande d'attente. Sur les versants est il y a beaucoup de neige tombée dans la nuit, et je vois mal où mettre les pieds. Le passage dans la neige est de vingt ou trente centimètres, j'ai du mal à tenir en équilibre, je ne suis pas habitué à la neige et je dois m'aider des mains pour éviter de tomber dans le ravin. Je chute à plusieurs reprises sur le flanc gauche, m'aidant de ma main gauche fermée à l'intérieur du gant parce que je l'ai mouillé en prenant de l'eau. Deux doigts du gant sont gelés en quelques secondes. Je râle fort, mais ni Corni ni Maise ne bougent. Seul Gert me demande si ça va, je lui réponds que non, il me regarde quelques secondes et continue son chemin. Merci. Je suis en colère et décide de continuer ma route seul. Je ne vois pas l'intérêt de former un groupe si c'est pour marcher toute la journée seul. Les membres d'un groupe doivent s'entraider, surtout dans les plus grands difficultés. Pas seulement se retrouver le soir pour jouer aux cartes et avoir de stupides conversations à propos de viande (tous les soirs...) ou de mauvais films. Bref. Un couple de français tente gentiment de m'aider, mais, têtu, je me débrouille et continue sans trop de difficultés par la suite. Mais je commence à avoir mal au ventre, mes intestins supportant très mal de se lever trop tôt, en plus dans le froid et l'effort. Je dépasse Gert malgré tout et marche avec d'autres personnes. Je fais très peu de pauses, en fait juste deux pour boire et prendre des photos.

Après deux heures d'ascension dont un tiers sans soleil, j'arrive au Thorung La, 5416 mètres d'altitude. Corni me vois et veut prendre mon sac pour m'aider mais je le dépasse et mets mon sac un peu plus loin. Je monte sur une grosse butte de neige pour un beau point de vue, et savoure tout de même le spectacle que m'offrent les montagnes, résultat de mes efforts. Je suis content, mon ventre aussi, il se lâche pas mal. Je prends quelques photos, une video, descends me faire photographier devant le panneau de congratulations. Je suis heureux, malgré le froid extrême, le vent, et la tournure qu'ont pris les évènements pour la suite.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

samedi 3 novembre 2007 - Trek J8: Letdar (4200m)-Thorung La High Camp (4800m) 3h20mn

La nuit est des plus difficiles, froide et longue comme je n'ai encore jamais connu. La couverture de la lodge est trop fine, la chambre a trop de fenêtres, trois murs sur quatre sont vitrés. Je dors peu cette nuit, passant de longs moments à me réchauffer les pieds avec les mains malgré deux paires de chaussettes. Je vais même en chercher une troisième à l'aide de ma torche. Je suis entièrement habillé, dans le sac de couchage recouvert de la couverture inutile, et il m'est impossible de m'endormir. Les chaussettes n'empêchent pas mes orteils de ressembler à de petits glacons que je frotte avec mes mains gantées. Ca ne semble pas s'améliorer alors j'essaie de dormir sur le côté. Après un premier rêve que je ne veux pas quitter je me réveille avec une horrible douleur à la hanche gauche, à cause du lit tout pourri, une planche de bois sur laquelle repose un matelas de cinq centimètres d'épaisseur. Je me frotte les pieds, me retourne et fais un second rêve. Je me réveille à nouveau, sans avoir aucune notion du temps, et ça recommence ainsi toute la nuit, les rêves m'emmenant loin du froid et des montagnes, et le retour violent à la réalite sombre et glaciale.

Je me lève vers 7h, le soleil arrive au loin, je peux voir par la fenêtre les ombres géantes des montagnes repoussées par la chaleur et la lumière du soleil. Je me permets un gros petit-déjeuner: pommes de terre bouillies, thé, et pancake à la confiture, la plus horrible de toutes les gelées. Le goût d'usine trop sucré allié à la couleur chimique rouge foncée.

Nous partons vers 8h, après que de nombreux autres groupes. Je passe 2h30 à monter, monter et monter, le Gangapurna dans mon dos me surveillant. Un petit cours d'eau au fond, et devant, derrière les rochers, le Thorung La. Encore une fois je suis vite lâché parce que je prends énormément de photos. Mes jambes chauffent mais le pire est mes deux tendons qui me font souffrir à chaque pas.

Je rejoins les autres à Thorong Phedi, 4500m. On fait une pause, je mange quelques fruits secs puis on repart pour une heure de montée atroce, le début du col et sa partie la plus difficile, seulement deux kilomètres mais qui ne finissent pas. Corni et Maise montent à une allure surprenante, Gert est derrière moi. C'est pire que tout ce que j'aie déjà monté. Je marche parmi un petit groupe qui s'est formé, un des israéliens du bus pour Besisahar est là. Le temps n'existe plus, les montagnes n'existent plus, seuls mes pieds sur le sentier me semblent réels. Un pas après l'autre dans le silence de l'effort. Je n'entends que les chaussures des trekkers battre la terre et leurs respirations haletantes. Après une heure et quelques gros rochers je vois enfin le camp de base. Corni et Maise ont déjà pris une chambre. Je me change, mets mes affaires à sécher au soleil, il est encore très tôt, à peu près midi. Je prends un thé, patiente.

Un peu plus tard je monte une centaine de mètres plus haut pour un beau point de vue. Un gros chorten trône en haut de cette petite colline entourée de petits chortens de pierres, défiant les montagnes. Les montagnes m'entourant me font sentir à la fois immense et minuscule. Je reste là un moment à contempler le paysage. Le soleil chauffe mon visage. De plus en plus de monde grimpe, dont Corni pour réclamer les clefs de la chambre que j'ai par mégarde gardées. Je descends un peu plus tard pour passer les clefs à Maise qui a mal à la tête. J'ai mal à la tête aussi, mais un ibuprofène et de l'eau calment tout ça.

L'attente est longue jusqu'à 18h. On joue aux cartes, je commence à relire "Sur la route" que j'ai fini deux heures auparavant. Je dîne d'un excellent dal bhat, sûrement le meilleur. La soupe de lentilles est particulièrement bonne. Ma deuxième assiette de riz est en fait une quantité énorme de riz collé, plus de deux assiettes normales. J'en mange une grande partie, laissant finir Corni qui pour une fois a du mal à finir!

Je pars me coucher à 19h15. Passé la porte de la chambre j'ai une soudaine envie de pisser. Je ressors de la chambre, torche coincée entre mon menton et ma poitrine, et en tentant de fermer le cadenas la torche tombe et une partie se brise. Une des trois leds ne fonctionne plus et le verre réflecteur est cassé. Et je n'ai plus envie d'aller aux toilettes.

Je me couche cette fois-ci sous une épaisse et chaude couverture et m'endors facilement. Et je me réveille facilement. Je dors peu.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

vendredi 2 novembre 2007 - Trek J7: Manang (3540m)-Letdar (4200m) 3h30mn

Je me réveille à 6h en pleine forme. Ma respiration est nettement mieux, mes muscles ne me font plus mal. On part après le petit-déjeuner, s'arrêtant avant de quitter le village pour acheter des samossas tout chauds. Ensuite ben on marche. Je suis bien Gert, prenant des photos, laissant les allemands courir devant. On est entouré par les montagnes. Plus d'arbres, seulement des buissons. Une petite rivière d'un bleu magnifique coule en contrebas. Le chemin suit le flan de la montagne, il est très étroit mais praticable. Après deux heures de marche je m'arrête tellement pour prendre des photos que les autres me devancent. Je ne les vois bientôt plus et continue tranquillement. Pour chaque photo, je suis un rituel bien précis: j'enlève mon gant droit, mes lunettes de soleil, range le tout dans ma poche, ouvre le sac-photo, prends l'appareil, l'allume, prends la photo, remets le tout en place, enfile mon gant et remets mes lunettes. Alors forcément ça me prend du temps. Mais je marche bien aujourd'hui, pas de problème avec l'altitude, le soleil me réchauffe, le ciel est d'un bleu intense. J'enlève mes gants. Je finis par rattraper Gert dont les pieds ne ressemblent plus à rien à cause d'énormes ampoules et on rejoint les deux autres pour prendre un thé à Yak Kharkak. On mange nos samossas et repart aussitôt pour être sûr d'avoir une chambre à Letdar.

J'enlève mon sweat. Je me sens si bien que je rattrape Maise et marche à ses côtés. Maise est de loin le meilleur marcheur du groupe. On lâche totalement les deux autres. Le chemin passe entre d'énormes rochers éparpillés sur le flanc de la montagne qui me font penser à un cimetière préhistorique de géants. Je prends des photos, Maise me distance. Je passe un dernier pont et la journée est fini! Letdar n'est pas vraiment un village, juste un ensemble de trois ou quatre lodges. Gert et Corni arrivent, on prend une chambre. Pas de douche chaude ici, alors pas de douche. Il fait vraiment trop froid.

Je me change pour faire sécher mes vêtements avant que le soleil ne se cache derrière les pics enneignés, me masse. on s'assoit tous au soleil sur de vieilles chaises longues en bois avec une belle vue sur le Gangapurna et le Thorung Peak, à côté duquel nous allons passé deux jours plus tard. Quand le vent se lève on se réfugie à l'intérieur dans une véranda chauffé par le soleil à travers les carreaux. Ca fait du bien. Je découvre à quel point mes bras et avant-bras sont bronzés.

On joue aux cartes pour tuer le temps, un jeu que je ne connais pas, plein de possibilités et très intéressant. Tout un après-midi à ne rien faire d'autre qu'attendre le dîner. J'ai un horrible mal de crâne à cause du soleil et fais un tour. Puis je lis jusqu'au soir. il fait très froid, on attend nos plats longtemps. Mes pieds gèlent sur place malgré le feu inefficace deux mètres derrière. Je mange juste un curry de pommes de terre et du riz, pour faire un peu d'économies.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

jeudi 1 novembre 2007 - Trek J6: Journée d'acclimatation a Manang

Ce matin, je fais une bonne grasse matinée. On marche pas, on s'acclimate. Je n'ai pas eu de problème dûs à l'altitude pour le moment, même si j'ai souvent été essoufflé, parfois même la nuit.

Je recroise Julian partant tambours battants pour Thorung Phedi puis prends un petit-déjeuner composé de deux pâtisseries et d'un thé.

Je pars ensuite marcher vers un lac un peu plus bas, aux pieds d'un glacier. Les autres montent plus haut pour rejoindre un point de vue, mais je n'en suis pas capable, mes pieds me font beaucoup trop souffrir, surtout mon tendon gauche. Je pense que c'est plutôt dû à la chaussure, parce qu'en sandales je n'ai pas vraiment mal. Mais je n'ai pas de solution au problème donc je fais avec. Je reste assis sur un rocher au bord du lac bleu limpide, au calme, méditant, pendant une demi-heure. Je passe ensuite un coup de fil d'une minute (250 roupies) chez mes parents pour dire que tout va bien, j'ai mon père au téléphone, il est environ 6h45 en France. De retour à la chambre je lis et me repose. Les autres rentrent vers 13h15, ils sont finalement montés jusqu'au camp de base de l'Annapurna 3.

L'après-midi je me balade, compare les prix des coupe-vents avant d'en acheter un sans manche un peu plus tard pour 500 roupies, mange un pain tibétain et des samossas pour trois fois rien.

A 17h j'assiste à une conférence sur la prévention du mal des montagnes et de ses conséquences. J'ai un peu peur, le fait de mal respirer et d'être essoufflé au repos est le signe principal du HAPE (oedeme pulmonaire), qui peut survenir sans aucun autre signe. Je décide d'attendre le lendemain pour prendre une décision.

En soirée, je lis, bois un thé et mange un dal bhat qui me fait beaucoup de bien. On joue aux cartes avant d'aller se coucher.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

mardi 30 octobre 2007 - Trek J4: Chame (2710m)-Upper Pisang (3310m) 5h00mn

Je pars à 7h30 après avoir goûté la tsampa, un truc tibétain que mange tout le temps Alexandra David-Néel pendant ses voyages clandestins au Tibet. pas terrible mais ça passe. Par contre le pain tibétain est très bon, c'est une sorte de gros beignet.

Mes jambes ne répondent pas très bien, donc, la journée étant facile et courte, je préfère marcher tout doucement. Je laisse mes compagnons après deux heures de marche et continue à mon allure. Ca grimpe pas mal alors je m'arrête souvent pour prendre des photos par exemple. Je me promène en quelque sorte. Les paysages commencent à être vraiment intéressants. Il y a beaucoup moins d'arbres vers les hauteurs et les sommets sont enneigés. Moi je suis en pleine forêt de pins, au calme, le chemin est praticable. J'ai l'impression d'être dans la forêt de Buzet.

Je rejoins les autres à Dhukure Pokari avec dix minutes de retard, on mange et file sur Pisang qu'on atteint une heure plus tard. Pisang est une ville coupée en deux, Upper Pisang et Lower Pisang. On choisit Upper Pisang et la "Yak and Yeti Lodge" pour la vue et la présence d'un gompa un peu plus haut. On est juste au pied de l'Annapurna 2, je peux suivre des yeux la crête menant au sommet. Tout autour de nous, des falaises, un peu plus bas des forêts et le reste du village. Magique. Dans le village fait de maisons de pierres, des drapeaux de prières relient tout ce qui peut être relié. Il y a peu de gens dans les rues.

La lodge est sympathique, dirigé par un vieux et son fils de vingt et un ans, très gentils. Il n'y a que nous quatre, ambiance familiale. Gert fait écouter de la musique de son ipod au fils, qui en est fasciné. C'est sûrement la première fois qu'il voit le célèbre lecteur mp3 même s'il vit habituellement à Katmandou.

Je vais voir le gompa tout en haut du village, il y a énormement de vent et il fait froid. Je passe une partie de l'après-midi à me masser et me reposer, à lire. Le soir, dal bhat! Corni, le plus gros mangeur que j'aie jamais rencontré, se charge de finir ma deuxième assiette de riz. Je digère au coin du feu, tranquillement. L'électricité marche par inttermittence, ça fait très boîte de nuit. Le feu crepite, on parle peu et je me couche un peu plus tard.


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

lundi 29 octobre 2007 - Trek J3: Tal (1700m)-Chame (2170m) 7h30mn

La journée commence bien, on se fixe un point d'arrivée facile, pas trop loin pour faire sécher du linge, bien que d'après mon planning établi quelques mois plus tôt je suis supposé aller à Chame. Il faut savoir qu'ici il fait grand beau temps le matin, mais à partir de 15h la brume et le froid arrivent, et il est alors impossible de faire sécher quoique ce soit.

Je suis facilement. En chemin nous voyons quelques beaux pics comme le Manaslu ou l"Annapurna 2. Le chemin suit toujours la rivière, peut-être pas la même que le jour précédent, il y a beaucoup de cours d'eau en montagne. Le sentier est un peu plus large et moins caillouteux.

Nous arrivons à ? avant midi et décidons après avoir mangé de continuer jusqu'à Chame. Il y a deux chemins, un facile et un très difficile. Nous n'avons pas à réfléchir longtemps pour décider de prendre le chemin facile. Manque de pot, le chemin est bloqué par une avalanche et il nous faut emprunter le chemin hard. Je me tape donc une côte qui monte à plus de 2700m en moins de deux heures, le chemin le plus dur emprunté alors. C'est vraiment difficile et je me fais vite lâché, marchant avec un israelien et son guide. On ne voit pas le bout de la montée et il commence à faire froid, nous sommes tous en tee-shirt.

Je rattrape les autres un peu plus tard en descendant. Nous tombons sur un match de football très suivi à 2500m d'altitude. Environ deux cents personnes regardent le match avec entrain, c'est très sympa.

Le chemin monte encore, puis redescend et monte, etc. Je râle à chaque nouvelle montée. A Koto nous nous enregistrons au poste de police avant d'atteindre Chame. Mes jambes ont beaucoup souffert toute la journée durant mais je suis au pas de course pour le final. Il fait vraiment froid et je pense soudain au livre de Stephen King, "Marche ou crève". Exactement ca.

A Chame nous entrons dans la première guesthouse venue et je demande tout de suite une couverture pour me réchauffer. Je me masse les jambes un moment avant de prendre une douche et passe une soirée tranquille. Le massage c'est la clef!


Commentaires (0) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent

<- Page précédente :: Page suivante ->

Qui suis-je ?

Un voyage en 2007 de 10 semaines sur les routes de l'Inde et du Népal: du Rajasthan aux plages de Goa, des Annapurnas aux rives du Gange en passant par les temples hindous et les monastères bouddhistes, mais aussi à la rencontre des exilés tibétains, en authentique(?) héritier des "Clochards célestes" de Kerouac. Un voyage en Allemagne, Lettonie et en Russie en 2008.
«  Novembre 2008  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

Mes amis



Myspace Profile Tracker World Visitor Map
Myspace Profile Tracker World Visitor Map